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Retour sur Davos : innovation dans la répression


Il nous semble important de revenir brièvement sur ce qui s'est passé lors de la manif contre le WEF 2003. Cela n'a peut-être pas toujours été perçu à sa juste valeur depuis l'étranger. C'est à la fois inquiétant du point de vue de la politique sécuritaire d'un Etat et réjouissant du point de vue de la réaction du mouvement social qui ne s'est pas laisser diviser.

1. De l'autorisation de manifester à l'autorisation individuelle de manifester
2. Communiqué de presse de l'Alliance d'Olten concernant la manif anti-WEF
3. Pour la fine bouche : le communiqué de presse du Parti socialiste suisse (PSS)

1. De l'autorisation de manifester à l'autorisation individuelle de manifester


Un nouveau pas a été franchi lors de la manif contre le WEF de Davos le 25 janvier 2003. Alors que pour la première fois de son histoire la manif était officiellement autorisée, des mesures de contrôle et de fichage sans précédant ont été mises en place.

Il faut savoir que pour rejoindre Davos il faut prendre un petit train de montagne à Landquart. Les autorités ont donc imaginé le scénario suivant. Elles ont, à mi-parcours, transformé une gare (Fideris, village désormais célèbre) en poste de douane. Arrivé·e·s là en train par groupe de 250 les manifestant·e·s auraient dû descendre du train et passer par un sas de contrôle. La gare était entourée de barbelés et cernée par les forces anti-émeute. Le personnel de l'aéroport de Zurich avait été mobilisé pour faire passer chaque manifestant·e dans les vingt filières menant aux sas de contrôle. Là les manifestant·e·s auraient eu droit à une fouille en règle avec détecteur de métal. La police politique de la Confédération et des cantons devait se tenir le long des barrières. Chaque personne suspecte pouvait être sortie du lot et emmenée dans un container amené pour l'occasion pour une fouille plus poussée et un interrogatoire. Cela concernait notamment les personnes indésirables figurant sur une liste noire dont les critères flous n'ont jamais été rendus public. Caméras vidéo et autres systèmes de fichage étaient également prêts à l'emploi. Un lieu de détention avait été aménagé dans une usine désaffectée. De fait, à l'autorisation collective de manifester, l'Etat a essayé d'y ajouter une autorisation individuelle délivrée sur place par l'arbitraire policier. Les conséquences de la nouvelle planification capitaliste du WEF concoctée dans le bunker des congrès de Davos devenait tout à coup très concrète.

La manifestation était appelée par l'Alliance d'Olten, "un rassemblement de personnes de gauche, chrétiennes, autonomes, pacifistes, anarchistes, vertes, anti-impérialistes, féministes et communistes faisant partie de groupes de base, de partis, de syndicats et d'organisations non-gouvernementales les plus divers". Jugeant ces mesures de contrôle inacceptables et les considérant comme un dangereux précédant cette structure appela au refus des contrôles et à la désobéissance civile.

La manif contre le WEF de Davos aurait été un fiasco prétendent mass médias, autorités, forces de répression et Parti socialiste suisse (PSS) en chœur. La faute en reviendrait à l'Alliance d'Olten et à son refus obstiné des contrôles policiers filtrants de Fideris.

Certes, nous n'avons pas manifesté à Davos comme prévu initialement, mais c'est bien là que réside la victoire du mouvement. Nous avons collectivement refusé l'humiliation que représentait le passage des sas de sécurité. Le PSS qui nous à fait un coup de salaud en appelant à accepter les contrôles alors qu'il n'avait jamais mobilisé pour cette manif s'est retrouvé seul à l'heure de défiler à Davos. Le fait que les manifestantEs étaient géographiquement diviséEs entre Landquart, Fideris, Davos et Coire n'a pas entamé la solidarité. Certes nous avons été baladé·e·s en train, parqué·e·s des heures durant dans un enclos à Landquart, trompé·e·s par les autorités à Fideris, agressé·e·s à coup de lacrymos dès notre sortie de la gare de Berne mais nous n'avons pas cédé. C'est ça que les dominants et leurs laquais ne supportent pas. Tout cela a marqué nos mémoires et nous ne l'oublierons pas.

Rendez-vous dans l'arc lémanique en mai-juin contre le G8 !
A bas les frontières !
Sabotons le capitalisme au quotidien !
Rejoins les collectifs de lutte !
Avec tes amiEs, crée un groupe d'affinité !
Résistance populaire !

Coordination anti-omc Lausanne

2. Communiqué de presse de l'Alliance d'Olten concernant la manif anti-WEF


Environ 6000 personnes ont voulu manifester samedi 25 janvier contre le WEF et la guerre qui menace en Irak. Nous considérons cela comme un grand succès. Nous craignions que nombreuses seraient les personnes qui resteraient à la maison intimidées par les polémiques déclenchées contre l'Alliance d'Olten. Malheureusement, malgré cela, seule la moitié environ des manifestantEs ont pu rallié Davos.

L'Alliance d'Olten avait clairement communiqué que les écluses de contrôle à Fideris étaient inacceptables. Le filtrage et le refoulement de manifestantEs était hors de question et contredisait le concept de sécurité axé sur la désescalade et la baisse de tension annoncé par les autorités. Sachant que nombreuses et nombreux seraient les manifestantEs à refuser de passer par les écluses, un train de la RhB a été rempli vers 10 heures avec une délégation de 250 personnes déterminées à ne pas passer dans les dites écluses. Cette délégation est restées assise à Fideris exigeant la levée des écluses. Simultanément, plusieurs cars du SIB et des jeunesses socialistes se sont mis en route pour Fideris, où ils ont appuyé la revendication de la levée du check point en bloquant la route.

Ceci a débouché sur une négociation entre les manifestantEs représentéEs par Rita Schiavi et Roman Burger du syndicat SIB et le chef de la police criminelle cantonale des Grisons Gianfranco Albertini. Hans Peter Michel, délégué des autorités davosiennes, était également présent en tant que médiateur. Après une heure de pourparler, une solution s'est effectivement dessinée qui devait non seulement valoir pour le présent train mais également pour ceux qui suivraient. L'accord portait sur le fait que trois policiers en civil passeraient dans le train et pourraient contrôler les sacs qui leurs sembleraient suspects. Cet accord a provoqué des cris de joie parmi les personnes qui attendaient sur le parking de Parsen à Davos ainsi qu'à Landquart. A Landquart, les manifestantEs sont montéEs dans les trains dans l'espoir d'une grande manifestation à Davos.

A l'arrivée de ce deuxième train à Fideris, la police a exigé, contrairement à l'accord passé précédemment, que les gens passent par les écluses. Une vingtaine de personnes se sont exécutées, alors que les 700 autres, révoltées, sont restées dans le train. Des négociations ont repris. La police s'est cependant refusée à tenir ses engagements et s'est opposée à ce que le train poursuive sa route.

Le but de l'Alliance d'Olten a toujours été que toutes les personnes voulant manifester contre le WEF puissent se rendre à Davos, y compris les personnes se trouvant sur la scandaleuse liste noire. La grande majorité des manifestantEs soutenait cette revendication. Le fait que seul vingt personnes du deuxième train, ouvert à tout un chacun, ont accepté de passer par les écluses le confirme.

Pendant ce temps, plusieurs centaines de personnes se trouvaient sur le parking de Parsen à Davos autour de la tente d'informations de l'Alliance d'Olten. A la gare de Davos-Platz, lieu de départ annoncé de la manif se trouvait à peine quarante personnes, mobilisées pour la plupart par le Parti socialiste qui soutenait le check point et les refoulements. Le PS n'ayant jamais fait partie du mouvement critique face à la mondialisation et ayant à de nombreuses reprises propagé et imposé des concepts économiques néo-libéraux, il n'est pas étonnant que si peu de personnes aient suivi son appel.

La police n'ayant pas tenu parole, la situation a commencé à se tendre à Landquart. Un groupe de manifestantEs a alors essayé de se rendre sur l'autoroute et a été repoussé à l'aide d'un camion allemand muni de lances-à-eau. Gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc ont suivi de manière intense. En raison de l'utilisation de lances-à-eau contre un train, la RhB a dû couper le courant. Les passagerEs du deuxième train qui revenait de Fideris sont sortiEs quelques centaines de mètres avant la gare de Landquart dont l'accès leur était barré. Même le président de la commune, accouru sur place inquiet, n'a pu ramener les policiers de langue française à la raison.

A Davos, sur le parking de Parsen, la déception des manifestantEs dont le nombre se situait aux alentours de 3000 était grande. La liberté d'expression n'étant dans ces conditions pas garantie, les syndicats et quelques autres groupes ont alors décidé de quitter Davos. Ces personnes ont rejoint ensemble la gare de Davos Dorf. Là elles ont pris un train en direction de Landquart. Vers 16h30, marchant à reculons, sous le mot d'ordre ? tout marche à l'envers ?, 2000 personnes se sont dirigées vers le Conseil communal à Davos-Platz afin d'y ramener l'autorisation de manifester. Vers 18 heures, la plupart ont pris le train pour redescendre en plaine.

Après avoir patienté entre cinq et sept heures à Landquart, 1500 personnes environ ont désiré manifester sur la place fédérale à Berne. Elles voulaient y manifester contre les responsables des mesures policières de Landquart, Fideris et Davos et des refoulements aux frontières suisses. Mais à peine le cortège s'était-il formé devant la gare que la manif a été agressé avec lances-à-eau et gaz lacrymogènes. La preuve que cette attaque était planifiée devient claire lorsque l'on sait que les transports publics ont été stoppés et enlevé du réseau électrique. De plus, la population avait été exhortée à quitter le centre ville avant même l'arrivée du train.

Malgré le déroulement souvent désenchanteur de la journée de manifestation, le mouvement critique face à la mondialisation ressort, en Suisse, renforcé des mobilisations contre le WEF. Bien que les manifestantEs ont été géographiquement séparéEs les unEs des autres, ils/elles ne se sont pas laissé diviser politiquement mais sont au contraire restéEs solidaires tout au long de la journée.

Malgré les tentatives massives de divisions de la part des autorités, des médias et du Parti socialiste suisse, malgré les attaques brutales de la police, l'Alliance d'Olten a tenu bon. Le bonne collaboration avec les syndicats est particulièrement réjouissante et nouvelle. L'Alliance d'Olten entend l'intensifier.

Davos, 25.01.03
(texte original en all, trad. Coordi. anti-OMC Lausanne)

3. Pour la fine bouche : le communiqué de presse du Parti socialiste suisse (PSS)


Communiqué de presse commun du PS Suisse et du PS du canton des Grisons
Berne, mardi 21 janvier 2003

Davos : l'instrumentalisation des peurs est inadmissible à la veille d'une manifestation pacifique

Le Parti socialiste prend fermement ses distances à l'égard de certains cercles appartenant à l'Alliance d'Olten, dont les récentes contorsions tactiques ne parviennent plus à dissimuler leur refus de dispositifs minimaux destinés à assurer la sécurité des personnes qui souhaitent manifester à Davos autant que celle de la population davosienne. Le PS invite l'ensemble des organisations et groupements intéressés à ne pas se laisser instrumentaliser plus longtemps par ces quelques groupes perturbateurs au sein de l'Alliance d'Olten.

Tout comme des milliers de personnes élaborant pacifiquement leurs critiques envers la globalisation, le Parti socialiste en a assez de devoir supporter les contorsions invraisemblables, au sein de I''Alliance d'Olten, de quelques groupuscules et autres individus ne représentant qu'eux-mêmes, dès qu'il s'agit de prendre position sur la violence et les contrôles. Alors que les autorités en charge de la sécurité à Davos ont adapté leur dispositif réglant l'accès à la station grisonne en le réduisant à un strict contrôle des bagages - pas de contrôles systématiques des pièces d'identité, pas de photographies ni d'enregistrement vidéo, redimensionnement des barrières, etc. -, il faut faire preuve d'un état d'esprit destructif pour refuser les contrôles ainsi imposés. Et cet état d'esprit n'a que bien peu à voir avec la critique de la globalisation.

Le PS n'a pas l'intention de se laisser prendre à ces jeux douteux. Il appelle à manifester pacifiquement à Davos, samedi prochain 25 janvier, toutes les personnes qui se situent de manière critique à l'égard de la mondialisation de même que toutes celles qui s'opposent à la guerre. La critique justifiée du Forum économique mondial et le refus de la guerre qui menace en Irak doivent pouvoir s'exprimer dans toute leur diversité et dans une attitude de non-violence créative et colorée. Si les contrôles qui semblent nécessaires à Fideris - lieu du changement de train entre Landquart et Davos - sont effectivement pesants, ils ne constituent pas un empêchement sérieux. Ils sont aussi conformes tant avec la Constitution fédérale qu'avec la Convention européenne des droits de l'homme, si l'on en croit l'appréciation du Professeur de droit public Walter Kalin.

Les groupes et les gens qui ne peuvent, sans réserve de quelque sorte que ce soit, prendre leur distance avec la violence doivent rester à la maison samedi prochain ! Ils ne sont pas les bienvenus à Davos, tout comme ne sont pas bienvenus les fauteurs de guerre états-uniens et les acteurs d'une maximisation éhontée des profits qui se pavanent sous le label des "responsables globaux" [texte original: Global Leaders]. Il y a chez les uns et les autres une pensée et une manière d'agir emprisonnées dans une logique unidimensionnelle, conjuguant le monde en noir et blanc et dont on ne voit pas en quoi elle serait à même de contribuer à une société pacifiée et plus juste.