A L'ASSAUT DES GLOBAL FÜHRER !
A Davos aura lieu, fin janvier, le "World Economic Forum". Il s'agit d'un sommet réunissant, sous la protection d'un dispositif sécuritaire hallucinant, 2'000 "global leaders" (comme ils se nomment eux-mêmes), dont la moitié est composée de représentants des multinationales (elles sont aussi organisatrices du Forum), et qui se proposent gentiment "d'améliorer l'état du monde". C'est à dire que ces personnes vont, en vertu de leur seul statut de leaders dans les domaines économique, politique, scientifique, médiatique, culturel et même sportif, identifier certains "problèmes" et proposer des solutions adéquates. Aucun aspect de la vie n'échappe à la conduite éclairée du chef, désigné par ses pairs au sein du WEF.
Pour refaire le monde à leur guise (ainsi que de bonnes affaires), dans les couloirs feutrés du centre de congrès de Davos ou sur les pistes de ski, ces"décideurs globaux" n'ont besoin d'aucune espèce de légitimité démocratique; la pertinence de leurs discussions échapperait à coup sûr au bon peuple. En effet, celles-ci relèvent d'une telle avancée idéologique que l'on trouve des attardés pour en contester le bien-fondé. Par exemple, la devise du Forum: "L'esprit d'entreprise dans l'intérêt public global". C'est pourtant simple: l'extension ou l'approfondissement du règne de l'esprit d'entreprise (ou marchand) à toute chose, personne, relation ou activité dégage un maximum de profit. Ces profits autorisent leurs détenteurs, c'est à dire les "leaders économiques" qui participent au financement et au fonctionnement du Forum de Davos (ABB, Andersen, Audi, BP, Boeing, Coca-Cola, CNN, Compaq, DuPont, MasterCard, Microsoft, Nestlé, Pepsicola, Pfizer, SGS, Suez, Sun, Swiss, UBS, Volkswagen, etc.), à en distribuer une part sous forme de sponsoring, de pots-de-vin ou d'emplois (aux conditions les plus profitables, bien entendu). Et ces "retombées" forment "l'intérêt public global", entendez un niveau de consommation satisfaisant dans un climat de "paix sociale"conforme au règne de l'esprit d'entreprise.
Une des motivations principales des organisateurs du Forum est donc de faire passer ce message sur le plan politique (le plan médiatique étant déjà sous contrôle absolu), où doit régner - comme en chacun et en chaque lieu - la logique de marché et l'esprit d'entreprise: rentabilité, profit, hiérarchie, patriarcat, et, surtout, compétition et concurrence partout, tout le temps, jusqu'à la guerre si nécessaire. C'est d'ailleurs la logique militaire du capitalisme qui devrait tenir la vedette de cette édition 2003. La forte délégation de l'administration Bush, menée par le secrétaire d'Etat américain aux affaires étrangères Colin Powell, ne manquera pas de vendre sa guerre et d'élargir le cercle des alliés inconditionnels de la future busherie irakienne en vantant les bienfaits économiques d'une telle intervention.
L'union sacrée entre gouvernements et multinationales débouche ainsi sur une concentration du pouvoir économique et politique certainement inédite dans l'histoire. Les effets dévastateurs de ce pouvoir n'arrivent même plus à être masqués par la fausse opulence qu'il procurait à feu les classes moyennes occidentales. Désespoir et abrutissement ici, famines et oppression ailleurs, exploitation et désastres écologiques partout: la sainte alliance des leaders économiques, politiques et médiatiques ne nous en sortira pas, elle qui n'a que la croissance économique à proposer. OMC, FMI, Banque Mondiale ou World Economic Forum sont, parmi d'autres et à des degrés divers, les piliers d'un pouvoir insolemment assis non sur un quelconque mandat démocratique, mais sur le seul appât du gain déguisé en "nécessité économique". Soyons réalistes, il ne s'agit pas de réformer ces institutions, ni de les améliorer ou même de les remplacer, mais de les faire tout simplement disparaître.
C'est donc dans cette perspective que nous nous mobilisons contre le WEF. Nous n'avons pas l'intention de proposer à cette occasion d'autre alternative que la liberté, face à une institution qui apparaît comme centrale dans le déploiement d'une nouvelle forme de totalitarisme. Et face au totalitarisme, l'intransigeance est de mise, comme l'ont compris un nombre sans cesse croissant de gens et d'organisations, qui refusent toute forme de dialogue avec le WEF. La liberté individuelle et collective de déterminer, de manière autonome, ses choix de vie ne sera jamais octroyée par les global führer, mais devra être arrachée par la révolte.
TOUTES ET TOUS A L'ASSAUT DES GLOBAL FÜHRER, LE 25 JANVIER 2003
départ de la gare Cornavin, rdv à 6h15 dans le hall
Coordination anti-OMC de Genève, janvier 03